HISTORIQUE

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Article paru dans le Canada Français au printemps 2002.

«Saint-Jean-sur-Richelieu a intérêt à garder sa filiale de la Légion canadienne»

EDITH PARIZEAU

Paul Veilleux et Normand Maurice, de la Légion royale canadienne de Saint-Jean-sur-Richelieu, travaillent fort depuis des mois pour trouver un local à leur association puisqu'ils doivent quitter leur bâtisse de la Base militaire le 14 juin. Ils ont bien trouvé un endroit où se réunir, au coin des rues Grand-Bemier et des Carrières, mais une fausse rumeur circule et une consultation publique a été demandée afin d'interdire les vétérans de s'y installer. Ils veulent donc rectifier les faits, puisque sans local, plus de dons et participations aux différentes causes humanitaires de la région.

MM. Veilleux et Maurice défendent farouchement leur projet. Ils tiennent tout d'abord à démolir la rumeur qui se faufile dans toute la ville à l'effet que ce nouveau local, l'ancien Ver Luisant, deviendrait une salle de danse. Bien qu'ils aient demandé une dérogation à la Ville afin d'avoir un permis de boissons, ils n'en feront pas un bar comme les autres. «Seuls nos membres peuvent entrer au local», explique M. Veilleux. «Ce sont tous des anciens combattants ou des gens de leur famille et ils sont pour la plupart très âgés.»

C'est après plusieurs visites d'immeubles que la Légion a choisi le coin Grand-Bemier et des Carrières pour y établir son nouveau local. Ce dernier compte plusieurs avantages qu'ils n'ont pas retrouvés ailleurs. «Le bâtiment est fait sur un seul étage, il y a des arrêts d'autobus sur les deux côtés et il y a beaucoup de stationnements», affirme M. Veilleux. De plus, il convenait aux petits moyens de l'association.

La Légion avait aussi entrepris les démarches auprès de la Ville, qui ne s'est aucunement opposée au projet. Leur demande de dérogation a été acceptée, ce qui a été suivi d'un avis public. Mais, à la dernière minute, une personne s'est présentée à l'Hôtel de ville et a demandé une consultation publique, par opposition à l'installation de la Légion canadienne.

Le règlement autorisant les salles de réceptions et de regroupement dans la zone concernée sera quand même voté par le Conseil de ville le 3 juin prochain, mais les anciens combattants de la Légion ne pourront s'y installer avant la fermeture du registre. Ce dernier ne sera pas ouvert avant la troisième semaine de juin. Si six des 11 occupants de la zone qui fait face au local convoité signent le registre, le projet tombera à l'eau.

Paul Veilleux croit que ces gens n'ont aucune raison de s'opposer à leur établissement et s'ils le font, ce sera sur les vagues d'une fausse rumeur. «Nous tenons à expliquer aux gens que notre filiale, établie depuis octobre 1939, a des raisons tout à fait justifiées d'y être», précise M. Veilleux. Avec 175 membres et 50 dames auxiliaires, la Légion réunit bien du monde. On y prend une bière entre amis, on joue aux fléchettes, aux sacs de sable, aux cartes, au crible et au mississippi. «Nous avons aussi des danses, quelques fois par année comme au Jour de l'an, mais ça ne se termine jamais plus tard qu'une heure du matin, et même des fois bien avant ça», soutient M. Maurice, président de la filiale. «Ce n'est pas le bruit qu'on va faire qui motive les gens à s'opposer à notre venue», rapplique M. Veilleux, sans toutefois préciser le fond de sa pensée.

Le local de la Légion est aussi un centre de ressources pour tous les anciens combattants, membres ou pas. Tous peuvent y trouver de l'aide, de même que leur famille. À Saint-Jean-sur-Richelieu, cinq citoyens ont participé à la Guerre des Boers, 68 à la Première Guerre mondiale et 793 à la Deuxième Guerre mondiale, sans compter ceux qui ont pris part à la guerre de Corée et aux différentes missions de paix des Nations Unies. C'est aussi sans oublier les nouveaux vétérans des récents conflits, de la guerre du Golfe, à la Bosnie et présentement en Afghanistan.

Mais en plus d'être présents auprès des militaires et de leur famille, ils le sont aussi au sein de la communauté. Jusqu'à maintenant, la filiale 79 de Saint-Jean-sur-Richelieu a remis 22000$ à la fondation de l'Hôpital du Haut Richelieu, a parrainé une chambre mère enfant au coût de 7000$, fait des dons annuellement aux conseils de la Saint-Vincent-de-Paul de Saint-Luc et Saint-Jean-sur-Richelieu et a donné des sous à la Société Alzheimer du haut Richelieu, un organisme que le président affectionne particulièrement. De plus, la population est bien habituée à voir ses vétérans lors de la vente de coquelicots en novembre et lors du Jour du Souvenir. M.Veilleux fait remarquer que plusieurs personnes participent à chaque année à cette cérémonie et que sans local, tous ces services rendus à la population disparaîtront.

Les sous ainsi donnés et les présences publiques, les vétérans les financent grâce aux profits qu'ils amassent avec leur petit bar. Ils se gardent un peu d'argent pour payer le nécessaire et les surplus sont distribués aux causes mentionnées ci-haut. «Si nous n'avons plus d'endroit pour nous rencontrer, nous n'amasserons plus d'argent et on n'aidera plus personne. Saint-Jean-sur-Richelieu a intérêt à garder sa filiale de la Légion. Nous avons donné notre vie pour notre pays et là, nous sommes bafoués», termine M.Veilleux.


C'est dans ce bâtiment au coin des rues Grand-Bernier
et des Carrières que la filiale de la Légion de
Saint-Jean-sur-Richelieu veut s'installer.